L’Accord de Paris, Emmanuel Macron et l’art du retournement

Jeudi dernier, Donald J. Trump a finalement mis sa menace à exécution. Il a, en effet, décidé de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris issu de la COP21 – bien que ce retrait demeure très hypothétique dans la mesure où celui-ci ne peut avoir lieu que dans quatre ans et personne ne sait si Donald Trump sera encore président des Etats-Unis à ce moment-là. L’ensemble du monde ou presque a décrit cette décision du magnat de l’immobilier sur le thème de la catastrophe : « apocalypse » ; « désastreux » ; « dangereux » ; tels sont les mots qui reviennent dans la bouche de tous les commentateurs – nous y reviendrons au fil de ce billet.

Alors que la grande majorité des dirigeants de la planète se sont contentés d’un communiqué de presse pour commenter la décision venue d’outre-Atlantique, Emmanuel Macron a décidé de faire une déclaration en français puis en anglais pour répondre au président américain. En pastichant le slogan de campagne de Donald J. Trump – il a déclaré « make our planet great again » pour conclure sa déclaration anglaise – le nouveau locataire de l’Elysée a sans conteste réalisé un grand coup de communication. A ce titre, le tweet reprenant cette phrase est devenu le tweet français le plus populaire. Les commentaires dithyrambiques (notamment de la part de certains médias) méritent cependant, à mon sens, d’être fortement nuancés tant cette déclaration me semble être uniquement de la communication.

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Le programme économique et social d’Emmanuel Macron, grand absent de la campagne législative

Au moment de la nomination du premier gouvernement d’Edouard Philippe les médias sont passés sans s’appesantir sur le nouveau duo aux manettes à Bercy. Pourtant, la nomination de Bruno Le Maire au Ministère de l’Economie et celle de Gérald Darmanin à celui de l’Action et des Comptes publics (les deux ministres sont les seuls à avoir été débauchés par Emmanuel Macron au sein de Les Républicains en plus du Premier ministre) est loin d’être anodine. Elle en dit, en effet, beaucoup sur l’orientation économique que souhaite donner le nouveau Président à son quinquennat. Bruno Le Maire et Gérald Darmanin sont effectivement des fervents défenseurs de l’austérité, ce qui laisse présager d’un quinquennat douloureux dans l’hypothèse où Emmanuel Macron obtiendrait une majorité le 18 juin prochain.

De la même manière, la presse est passée un peu vite sur la nomination de Murielle Pénicaud en tant que Ministre du Travail et donc en tant que future chef d’orchestre de la loi sur le Code du travail alors même que cette seule nomination en dit long au vu du parcours professionnelle de la nouvelle locatrice de la Rue de Grenelle. Au-delà de cette question de personnes, depuis l’élection d’Emmanuel Macron et le lancement de la campagne législative nous n’avons presque pas entendu parler du fond de son programme économique et social. De manière très cynique et très politique, le nouveau président s’applique méthodiquement à ne pas aborder ces questions éminemment risquées pour lui, se complaisant dans une tournée diplomatique. Je crois pourtant qu’il est important d’aborder ces questions-là tant le programme proposé est un véritable dynamiteur social. J’aborderai dans ce billet deux sujets principaux tant ils me semblent fondamentaux : la réforme du Code du travail et la question des cotisations sociales. Lire la suite

La France, les attentats et leur traitement singulier

Le 22 mai dernier, Daech a de nouveau frappé en Europe. En s’en prenant à un concert d’Ariana Grande à Manchester – qui se tenait à la Manchester Arena – il a réitéré le même mode opératoire que lors des attentats de Paris du 13 novembre 2015, à savoir s’attaquer à des jeunes dans un haut-lieu du divertissement. Avant cela Berlin et Stockholm avait été frappés par le terrorisme issu de Daech respectivement en décembre et avril derniers. Ces tragédies successives démontrent à ceux qui en doutaient encore que la France n’est pas la seule touchée dans le monde occidental – et a fortiori pas la seule touchée à l’échelle de la planète.

Toutefois, il me semble que les enseignements les plus intéressants à retirer de cette succession d’attaques terroristes ne sont pas ceux qui nous montrent que la France n’est pas la seule touchée. En effet, je crois qu’au-delà des attentats en eux-mêmes ce qui est le plus significatif dans chacun des exemples cités plus haut est la réaction adoptée par les pays touchés de plein fouet par ces drames. Loin de réagir – ou plutôt de surréagir – comme le font nos irresponsables responsables politiques, de l’autre côté de la Manche, du Rhin ou en Scandinavie, les réactions ont été plus responsables, plus pondérées, plus nuancées et in fine plus pertinentes, à mes yeux, pour endiguer le fléau terroriste. Ces divers attentats qui ont récemment frappé des pays occidentaux démontrent finalement, en creux, la singularité française dans l’approche du terrorisme et des attentats. La modeste ambition de ce billet est de tenter d’initier une explicitation de cette singularité. Lire la suite