Raquel Garrido, sa petite phrase et tous ses impensés

« Si vous considérez que je suis payée par Bolloré, c’est considérer que vous, vous êtes payés par Macron ». En une petite phrase, en dix-huit petits mots, en une comparaison plus que douteuse faite sur le plateau de C à vous cette semaine, Raquel Garrido a fait montre du malaise voire de la maladresse qu’elle ressentait à propos des questions répétitives sur son rôle de chroniqueuse dans l’émission de Thierry Ardisson sur C8. Depuis l’annonce de son intégration à l’émission, Madame Garrido est, en effet, l’objet de critiques ou de quolibets de la part de personnes de toutes convictions politiques. On lui reproche, au choix, d’être chroniqueuse en même temps que femme politique ou bien d’être présente sur une chaine détenue par Bolloré, que la France Insoumise critique vertement.

Il ne s’agit bien évidemment pas, ici, de tomber dans ce genre de critique superficielle et de mauvaise foi par moments mais il me paraît plus qu’intéressant de se pencher sur les réponses fournies par Raquel Garrido à ces critiques en cela que ce qu’elle dit – et peut-être surtout ce qu’elle ne dit pas – est révélateur de bien des écueils dans lesquels nous pourrions tomber à gauche. Nulle pudeur de gazelle, je trouve la phrase qu’elle a prononcée sur le plateau de C à vous absolument ridicule – je m’en expliquerai tout au fil de ce papier – en cela qu’elle est le révélateur à la fois d’une manière de voir les choses que je trouve plus que dérangeante mais aussi qu’elle démontre la gêne de la chroniqueuse à aborder la question de l’utilisation du système médiatique contre lui-même. Lire la suite

L’astre mort de la social-démocratie et la nuit sans étoiles

Il y a quelques semaines, à croire les médias français, les élections néerlandaises ont réservé une grande surprise : le Parti de la liberté (extrême-droite) mené par Geert Wilders n’est finalement pas arrivé en tête. Avec 13,1% des voix et 20 sièges celui-ci est arrivé derrière le Parti populaire libéral et démocrate du Premier ministre sortant Mark Rutte. En réalité ceci n’est guère une surprise que pour nos médias français puisque ces résultats étaient relativement attendus aux Pays-Bas. Le véritable enseignement de ces élections est que la coalition entre le parti de Mark Rutte et le Parti travailliste a été lourdement sanctionnée dans les urnes, le Parti travailliste payant le plus lourd tribut puisqu’il a perdu 19% des voix, 20 sièges et qu’il se retrouve comme troisième force classée à gauche dans l’échiquier politique.

Pour le Parti travailliste hollandais cette déroute est une grande première mais elle vient souligner, confirmer et accentuer la dynamique à l’œuvre un peu partout en Europe qui sanctionne les grandes coalitions et frappe durement les partis sociaux-démocrates qui ont fait alliance avec la droite ou qui ont d’eux-mêmes menés des politiques néolibérales saupoudrées de quelques mesurettes sociales. En somme, c’est cette troisième voie, celle du blairisme, qui est sanctionnée un peu partout en Europe. La détresse dans laquelle la social-démocratie a jeté les peuples en abandonnant ses deux piliers – la démocratie et le social – font aujourd’hui courir le risque d’une poussée d’extrême-droite. Il est temps de se réveiller et d’analyser l’une des vraies raisons de la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent. Lire la suite