La crise catalane, hallali de l’Etat de droit en Europe ?

Bien que d’aucuns tentent de faire croire l’inverse, voilà plusieurs mois que la crise catalane est au centre des débats politiques en Espagne. Elle a même été l’un des sujets les plus importants au cours de la dernière campagne électorale (pour les élections générales) et est l’une des raisons pour laquelle le PSOE et Podemos n’ont pas réussi à s’allier pour prendre le pouvoir, laissant les manettes à Mariano Rajoy. Le PSOE (parti socialiste ouvrier espagnol, l’équivalent du PS français, leur logo est d’ailleurs très proche) est effectivement un farouche partisan de l’unité espagnol tandis que Podemos, sans être pro-indépendantiste, défend le droit à l’autodétermination et donc de facto au referendum en Catalogne, position que symbolise parfaitement Ada Colau, la maire rebelle de Barcelone dont la liste Barcelona en Comú est soutenue par Podemos.

Pour quiconque n’était pas au courant de l’importance de cette crise catalane dans la vie politique espagnole, l’organisation du referendum le 1er octobre dernier aura véritablement joué le rôle de révélateur. Face aux coups de menton martiaux de Mariano Rajoy et de son gouvernement, les indépendantistes catalans ont maintenu et organisé leur referendum sous les coups et la brutalité de la guardia civil bien connue pour sa violence (je ne reviendrai pas ici sur les réactions effarouchées de ce côté-ci des Pyrénées venant des mêmes personnes qui ne trouvent rien à redire des agissements de notre police mais il y aurait tout un papier à faire sur cette indignation sélective). Depuis ce referendum, c’est un véritable bras de fer qui s’est mis en place entre Rajoy d’un côté et les indépendantistes de l’autre sans que cela n’émeuve grand monde. Chose qui me paraît hautement inquiétante. Lire la suite

Le procès Merah et le risque de l’hystérie collective

Jeudi, Abdelkader Merah a été condamné à 20 ans de prison. Ou peut-être mercredi, je ne sais pas. J’ai reçu une notification sur mon téléphone : « Merah condamné. Complicité non retenue. Appel possible ». Cela ne veut rien dire. C’était peut-être mercredi. Vous l’aurez, sans doute, reconnu c’est en pastichant l’incipit de L’Etranger d’Albert Camus que j’ai décidé d’introduire ce billet. Loin de la simple figure rhétorique, je crois en effet qu’il y avait quelque chose de profondément camusien dans ce procès et dans tout ce qui l’entourait. De la même manière que Meursault a marché vers la mort en souhaitant les huées et les crachats dans le roman de l’écrivain franco-algérien, une forme d’hystérie presque collective s’est mise en place autour du procès d’Abdelkader Merah.

Ce procès du frère de Mohamed Merah – qui avait tué de manière odieuse sept personnes dont des enfants d’une école juive en mars 2012 – était effectivement très attendu. Il y avait d’ailleurs, sans doute, quelque chose de malsain dans cette attente presque semblable à de la délectation. Mohamed Merah n’étant plus de ce monde, il fallait, selon beaucoup, que quelqu’un paye pour lui. Si ce n’est toi c’est donc ton frère dit le loup dans la fable de La Fontaine et il semblerait qu’un nombre conséquent de personnes avaient fait le choix d’adopter la même posture, de juger que cet homme (Abdelkader Merah) devait être condamné de la manière la plus implacable qui soit et même sans procès si cela avait été possible. Cette position était malheureusement aussi celle de certains observateurs politiques ou journalistes. Il y a, il me semble, de quoi s’inquiéter devant de tels positionnements. Lire la suite

L’absurde politique économique de Monsieur Macron

Près de six mois après son arrivée à l’Elysée, il est une caractéristique qu’Emmanuel Macron n’a pas reniée : celle de vouloir réformer à toute vitesse en approfondissant le virage néolibéral enclenché il y a plus de 30 ans par Pierre Mauroy lorsque celui-ci a annoncé le « tournant de la rigueur » sur le perron de Matignon. Ce qui ne devait être qu’une parenthèse selon les mots de François Mitterrand et de son Premier ministre est devenu notre quotidien et les présidents successifs se sont échinés à perpétuer et accentuer les politiques de recul de l’Etat pour le plus grand bonheur des grands patrons et des plus riches de nos compatriotes. Pratiquant le fameux en même temps qu’il a théorisé tout au fil de la campagne présidentielle, le successeur de François Hollande pratique depuis son accession à la présidence de la République une forme de rupture dans la continuité

S’il est évident qu’il continue et renforce les politiques néolibérales déjà mises en œuvre par le passé, il faut reconnaitre au nouveau président la volonté d’aller vite contrairement à ses prédécesseurs – ainsi qu’en témoigne son usage des ordonnances pour casser le code du Travail. L’ancien ministre de l’Economie dit fonder toute sa politique économique sur le sacrosaint pragmatisme et sur une supposée efficacité. Il semble, en effet, avoir fait sienne la fameuse phrase de Tony Blair postulant qu’il n’y a pas de politique économique de droite ou de gauche mais simplement des politiques économiques efficaces ou inefficaces. Je crois pourtant que la politique menée par Monsieur Macron en termes économiques est une politique absurde si l’on accepte de prendre la définition que nous en donne Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe. Lire la suite