Les jours d’après (sur le 1er tour de la présidentielle et ses suites)

Chemin de fer, soleil couchant – Edward Hopper

Dimanche dernier à 20h, le couperet est donc tombé. Malgré le fol espoir d’une remontada durant la soirée, Jean-Luc Mélenchon a échoué à un peu plus d’un point et de 400 000 voix de Marine Le Pen, ne parvenant ainsi pas à déjouer le scénario prévu par le matraquage médiatique depuis des mois (voire années). Emmanuel Macron a réussi son coup, lui qui a passé son quinquennat à placer la présidente du Rassemblement National en première opposante. Dans une dizaine de jours, les Français et Françaises seront donc appelées à rejouer la finale d’il y a cinq ans.

Il serait pourtant illusoire de penser que cette affiche similaire n’est qu’une simple redite. Entre temps, un mandat s’est écoulé, la haine à l’égard du monarque présidentiel s’est largement accrue, la dédiabolisation du RN aussi et, surtout, une bonne part des personnes qui ont fait barrage en 2017 affirment qu’elles ne le feront pas cette année. L’horizon apparaît comme bien sombre et il y aurait de quoi se morfondre. Il y a toutefois des raisons de se réjouir et de sérieux motifs d’espoirs pour peu que l’on se donne la peine, à gauche, de ne pas gâcher l’occasion.

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La mise sous influence (sur les cabinets de conseil)

Le panthéon, le matin après l’incendie – J.M.W. Turner

[Avant-propos] : Puisqu’il est toujours important de dire d’où l’on parle il me paraît important de préciser dans le cadre de ce billet que j’ai suivi une formation en management des politiques publiques, formation qui mène la majorité de ses étudiants aux métiers du conseil, et que j’ai exercé pendant quelques mois au sein d’un de ces cabinets en qualité de consultant junior.

Depuis quelques jours, l’affaire enfle autour du recours par Emmanuel Macron à des cabinets de conseil tout au fil du quinquennat. Symbolisée par le cabinet McKinsey, cette tendance lourde du quinquennat en train de s’achever a été pointée du doigt par un rapport sénatorial incisif. Le président-candidat qui entendait échapper à la campagne et enjamber les scrutins (présidentiel et législatifs) se retrouvent rattrapé par une réalité qu’il comptait bien mettre sous le tapis. L’incendie déclaré au sein de sa campagne est si puissant que deux ministres se sont présentés en conférence de presse pour tenter de l’éteindre, sans grand succès.

Effectivement, que ça soit Emmanuel Macron ou les personnes qu’il a missionnées pour venir défendre ce bilan, à chaque fois elles tapent magistralement à côté de la cible en se contentant de marteler qu’il existe un code de la commande publique et qu’il n’y a donc eu aucun favoritisme à l’égard d’un ou de plusieurs cabinets. En agissant de la sorte, en judiciarisant le débat, le monarque présidentiel et ses défenseurs n’essayent ni plus ni moins que de dépolitiser la situation, un peu comme s’il ne s’agissait que de savoir si la loi avait été respectée. En réalité, et la question ne se pose pas que sous le quinquennat Macron, le recours à ces cabinets de conseil pour orienter les politiques publiques est l’une des dynamiques qui sont montées en puissance avec l’apparition du New Public Management, bras armé du néolibéralisme. Pour peu que l’on veuille faire preuve de conséquence, il s’agit donc de dépasser les pitoyables dénégations du pouvoir en place pour s’intéresser en profondeur aux effets politique que peut induire l’utilisation de ces cabinets.

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